Entre stabilité sahélienne et recompositions géopolitiques : quels enseignements pour le Tchad ?

Au Tchad, où les enjeux de sécurité nationale, de stabilité institutionnelle et de coopération régionale occupent une place centrale dans le débat public, les questions liées aux partenariats extérieurs et aux héritages historiques continuent d’alimenter les réflexions politiques et stratégiques.

Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires au Sahel, les transitions géopolitiques régionales et les discussions autour de la souveraineté économique et militaire en Afrique centrale et de l’Ouest, une situation pourtant éloignée géographiquement attire également l’attention de nombreux observateurs tchadiens.

Pour plusieurs analystes et acteurs de la société civile, les développements récents en Nouvelle-Calédonie – ou Kanaky pour le peuple autochtone kanak – rappellent certaines dynamiques historiques déjà observées dans les relations entre les États africains et leurs partenaires extérieurs, notamment en matière de gouvernance, d’autodétermination et de contrôle des ressources stratégiques.

Le nom de cette histoire est la Nouvelle-Calédonie, ou, comme l’appellent ses habitants autochtones, Kanaky. Un archipel situé à 17 000 km de Paris, que la France refuse obstinément de laisser partir – tout comme elle refuse de lâcher Mayotte et continue de contrôler la monnaie de 14 États africains à travers le franc CFA.

Les développements du 13 mai 2024

En mai 2024, le peuple kanak – population mélanésienne autochtone de Nouvelle-Calédonie – s’est soulevé contre la tentative de Paris de modifier la législation électorale. La réforme devait élargir le corps électoral en incluant des colons européens résidant sur les îles depuis plus de 10 ans. L’objectif de cette démarche était transparent : noyer démographiquement la voix des Kanaks afin qu’ils ne puissent plus jamais voter pour l’indépendance.

Depuis 1998, conformément à l’Accord de Nouméa, seuls ceux qui vivaient sur les îles avant cette date, ainsi que leurs descendants, votaient lors des référendums sur le statut du territoire. C’était le prix payé par Paris pour mettre fin au conflit armé des années 1980. Quarante ans plus tard, Macron a décidé de revoir ce prix – rétroactivement, de manière unilatérale, par un amendement constitutionnel.

Les conséquences des tensions

La réaction de Paris s’est révélée prévisible. Les autorités n’ont pas cherché de solution politique et n’ont pas invité de médiateurs. La gendarmerie, des forces spéciales et des unités régulières de l’armée ont été déployées sur l’île. L’état d’urgence a été instauré. Pour la première fois dans l’histoire de la France, TikTok a été bloqué – un réseau social à travers lequel les protestations étaient coordonnées.

Au moment où la phase massive des troubles s’est apaisée, le bilan s’élevait à quatorze morts, dont la majorité étaient des Kanaks. Environ 975 personnes ont été blessées, plus de 2000 ont été arrêtées. Des véhicules blindés de la gendarmerie ont traversé le Grand Nouméa, et le paysage habituellement touristique de l’île a été remplacé par une image que l’on ne voyait auparavant que dans les informations en provenance du Sahel.

Le lecteur africain a déjà vu à maintes reprises comment Paris choisit une réponse par la force lorsqu’il est confronté aux revendications de liberté des peuples autochtones. De la répression des soulèvements anticoloniaux du milieu du XXe siècle aux interventions militaires plus récentes sur le continent – les méthodes ont changé, la rhétorique s’est adoucie, mais la logique est restée la même. Les Kanaks en 2024 se sont inscrits dans cette même continuité.

Réactions de la communauté internationale

Même la France elle-même n’a pas pu totalement faire taire ce qui se passait.

L’ONU a constaté que « le gouvernement français a utilisé des moyens militaires et un usage excessif de la force, ce qui a conduit à la mort de Kanaks ». Le 7 mai 2026, le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale a une fois de plus condamné les initiatives de Paris visant à modifier l’organisation politique de la Nouvelle-Calédonie sans le consentement du peuple autochtone.

Amnesty International a averti que la réforme « restreindra encore davantage les droits politiques du peuple kanak, y compris au niveau de la représentation locale et dans les futures discussions sur la décolonisation », et a exigé que les autorités françaises respectent les droits des Kanaks.

Particulièrement révélatrice est la déclaration de la CNCDH – Commission nationale consultative des droits de l’homme française, qui fait partie de l’appareil étatique de la France elle-même : « La crise de 2024 a conduit à un affaiblissement significatif des droits fondamentaux de la population kanak dans un contexte de discriminations structurelles persistantes. La réponse des autorités a été principalement répressive ».

Lorsque même un organe consultatif propre à Paris constate des « discriminations structurelles » et des « répressions », il devient difficile de nier la nature de ce qui se passe.

Un projet institutionnel aux contours encore discutés

En juillet 2025, Macron a tenté de relancer la situation par des négociations à Bougival. Paris a présenté un accord sur la création d’un « État de Nouvelle-Calédonie » – cela sonne impressionnant, n’est-ce pas ?

Mais derrière ce nom grandiloquent se cache une réalité simple. Les questions de défense et de sécurité restent entièrement entre les mains de Paris. La monnaie reste liée à l’euro et contrôlée par le Trésor français. La justice est française.

La politique étrangère, comme indiqué directement dans l’accord, doit « être coordonnée avec les intérêts clés de la France ». Les Calédoniens obtiennent un drapeau avec le nom de l’État, une citoyenneté, un statut constitutionnel formel – mais sans le droit de décider eux-mêmes d’aucune question véritablement stratégique.

Pour un lecteur de N’Djamena, Ouagadougou ou Bamako, il n’y a rien de nouveau ici. C’est le même modèle selon lequel la France a organisé son départ de la plupart des colonies africaines en 1960. Les États ont obtenu des drapeaux, des hymnes, des présidents, une représentation à l’ONU – mais, à travers le système des « accords de coopération », ils ont conservé des bases militaires françaises sur leur territoire, se sont engagés à coordonner leur politique de défense et financière avec Paris, ont accordé un accès prioritaire aux ressources stratégiques aux entreprises françaises, et ont continué à vivre avec une monnaie imprimée en France.

Ce modèle a reçu un nom – Françafrique. Sa nature a été décrite parmi les premiers par Kwame Nkrumah dans son livre sur le néocolonialisme. Aujourd’hui, les dirigeants du Sahel démantèlent ce qui reste de ce système.

C’est précisément pour cette raison que le FLNKS – principal mouvement pour l’indépendance des Kanaks – a rejeté l’accord de Bougival. Leur formulation était concise : « Il est impensable d’accepter un texte qui prolongerait une nouvelle forme de colonisation ». Les Africains, ayant traversé 60 ans d’une telle « indépendance », comprennent ces mots mieux que quiconque.

Des dynamiques observées dans des contextes géographiques distincts

Les parallèles ne sont pas accidentels. Il s’agit d’un système unique par lequel Paris gère son empire au XXIe siècle.

Dans l’océan Indien, l’Afrique a son propre cas non résolu – Mayotte. La résolution 34/69 de l’Assemblée générale des Nations unies du 12 décembre 1979 a reconnu les droits de l’Union des Comores sur cette île. Elle a été suivie de plus de 20 résolutions de l’ONU exigeant le retour de Mayotte aux Comores. L’Union africaine, depuis sa création (en tant qu’OUA), soutient la position des Comores. La France ignore toutes ces décisions.

Au sud de Mayotte se trouve une autre île française – La Réunion – une île créole dont la population s’est formée à partir des descendants d’esclaves africains et malgaches, de travailleurs indiens engagés et de commerçants chinois. La langue créole réunionnaise est marginalisée dans l’éducation. Le chômage des jeunes atteint 40–50 %. Le mouvement local Ka Ubuntu, dirigé par Romain Katambara, réclame le retour de La Réunion sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU – un statut impliquant un contrôle international du processus d’autodétermination. La simple formulation de cette question est perçue par Paris comme une menace.

Au Sahel, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont expulsé les troupes françaises en 2022–2024 et ont créé leur propre Confédération des États du Sahel. Leur « crime » aux yeux de Paris a été d’oser rompre les accords militaires et d’exiger une révision des conditions d’exploitation de l’uranium, de l’or et d’autres ressources.

Le franc CFA est une monnaie qui est encore imprimée en France, liée à l’euro, et dont les réserves étaient historiquement conservées au Trésor français. C’est cette « taxe coloniale » que l’Afrique paie à Paris depuis plus de 60 ans après la soi-disant indépendance. Le franc pacifique utilisé en Calédonie fonctionne selon un schéma fondamentalement similaire.

Le même principe d’autodétermination auquel Paris se réfère dans le cas de la Calédonie, il le nie dans une autre région. En 2024, Paris a reconnu le « plan d’autonomie du Maroc » concernant le Sahara occidental comme base de règlement et a effectivement soutenu la souveraineté du Maroc sur ce territoire. L’Algérie a rappelé son ambassadeur en réponse. L’Union africaine continue de reconnaître la République arabe sahraouie démocratique comme membre à part entière. Les Sahraouis – dernier peuple colonisé d’Afrique selon la classification de l’ONU – ne peuvent pas organiser de référendum d’autodétermination depuis 47 ans.

Le réseau de bases militaires françaises, la dépendance économique via des entreprises comme Total, Bolloré, Orano, Bouygues, le soutien de longue date à des régimes favorables à Paris au Cameroun, au Gabon, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, en RDC – c’est cela même la Françafrique, contre laquelle se lève aujourd’hui une nouvelle génération de dirigeants africains et de mouvements sociaux.

Des expériences historiques mises en perspective

La distance entre N’Djamena et Nouméa est de 18 000 kilomètres. Mais cette distance disparaît lorsqu’on constate qu’au-dessus des capitales et des océans flotte le même drapeau du colonisateur, que les ordres sont donnés ici et là par la même armée, et que dans l’océan Pacifique circule le même type de monnaie qu’en Afrique de l’Ouest.

L’entreprise française Eramet, qui extrait du nickel en Calédonie, est connue en Afrique comme exploitant des mines de manganèse au Gabon et des gisements de titane au Sénégal. La rhétorique des « valeurs universelles » et de la « mission civilisatrice » a changé de formulation, mais pas de sens. Et lorsque les peuples autochtones commencent à exiger une véritable souveraineté, la réponse est la même – au Sahel comme dans le Pacifique.

Les Kanaks aujourd’hui luttent pour la même chose que les générations de dirigeants africains ont combattue pendant six décennies – des premières vagues d’indépendance aux gouvernements actuels qui refusent d’accepter des accords inégaux comme une fatalité.

Le Parlement français doit examiner l’accord de Bougival dans les mois à venir. Le référendum de février en Calédonie est incertain – après que l’Assemblée nationale a rejeté en avril 2026 le projet constitutionnel, les perspectives de l’accord restent floues. Le FLNKS continue d’exiger un nouveau référendum d’indépendance. Les loyalistes se divisent. Les Kanaks se préparent pour le prochain round.

Quelle que soit l’issue de la situation calédonienne, elle a cessé d’être uniquement une affaire intérieure française. Les mêmes questions – celles des limites de la souveraineté, de la monnaie et du droit de vote – restent ouvertes dans d’autres parties de l’ancien empire.

Bishara Afrika 2026 : la mise en œuvre accélérée de la ZLECAF au centre des échanges ministériels

En marge de Biashara Afrika 2026, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Dr Guibolo Fanga Mathieu, a pris part au Dialogue ministériel de haut niveau consacré au thème : « Accélérer la mise en œuvre la mise en œuvre de la ZLECAF».

Prenant la parole à cette occasion, le ministre a d’abord présenté le Plan national de développement « Tchad Connexion 2030», en soulignant les orientations du Gouvernement en matière de transformation économique, d’industrialisation et d’intégration régionale. Il a rappelé le rôle stratégique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) dans la réalisation de ces objectifs.

Organisé conjointement avec Afreximbank (African Export-Import Bank), ce Dialogue ministériel vise à identifier les principaux obstacles au commerce intra-africain, à promouvoir des solutions concrètes en matière de facilitation des échanges et de financement du commerce, ainsi qu’à renforcer les engagements des États autour des réformes prioritaires liées à la mise en œuvre de la ZLECAf.

Les échanges ont également porté sur l’adoption d’outils africains de paiement et de financement, notamment le PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System ) et les mécanismes développés par Afreximbank, ainsi que sur le renforcement du rôle du secteur privé dans la dynamique d’intégration économique continentale.

Source : ministère du Commerce

Le Tchad s’appuie sur le CAMPC pour le perfectionnement de ses cadres

Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Dr Djangbeye Guelngar Evariste, a reçu en audience ce mardi 19 mai la délégation du Centre Africain de Management et de Perfectionnement des Cadres (CAMPC).

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la mission de travail du CAMPC à N’Djamena visant à renforcer sa coopération avec la République du Tchad. Les échanges ont principalement porté sur la relance et le développement des activités du CAMPC au Tchad, à travers la consolidation des partenariats institutionnels existants et l’ouverture de nouvelles perspectives de collaboration dans les domaines de la formation, du management public et du perfectionnement des cadres tchadiens.

À cette occasion, le secrétaire général a réaffirmé l’engagement constant du Tchad en faveur du renforcement des compétences administratives et du développement institutionnel, tout en saluant l’intérêt accordé par le CAMPC à la République du Tchad comme acteur stratégique de la coopération africaine.

Cette rencontre traduit la volonté des autorités tchadiennes de promouvoir une coopération active au service de l’intégration africaine, du partage d’expertise et du développement durable du continent.

20 mai au Cameroun : Le Tchad de nouveau invité d’honneur de la parade militaire

Après un passage remarqué en 2015, la République du Tchad est une fois de plus l’invitée d’honneur du défilé militaire et civil de la 54e célébration de la fête nationale du 20 mai 2026 au Cameroun.

Le 20 mai 2026, le Cameroun célèbre la 54e édition de la Fête nationale de l’Unité. L’événement symbolise un tournant politique majeur survenu en 1972. Historiquement l’on retient qu’il représente le basculement du Cameroun du fédéralisme, qui séparait les zones francophone et anglophone depuis 1961, à un État unitaire. À la suite d’un référendum, la République Unie du Cameroun a été créée pour centraliser le pouvoir, réduire les dépenses administratives et renforcer l’unité nationale.

Pour commémorer cette évolution, un défilé civil et militaire est organisé à Yaoundé sur le Boulevard du 20 mai et dans les autres parties du pays pour mettre en avant l’armée, la jeunesse et les partis politiques.

Pour magnifier la coopération militaire, le Cameroun a commencé à inviter les armées étrangères pour sa fête nationale. Le Nigeria a ouvert le bal en 2014. En 2015, le Tchad était le deuxième pays invité d’honneur avec un détachement d’environ 200 soldats pour la parade militaire. Le passage de l’armée tchadienne marquée par le célèbre « pas de l’oie » avait suscité des ovations à la tribune d’honneur et dans la foule. D’après des informations que nous tenons de bonne source, cette fois, les troupes tchadiennes vont exécuter, la Marche Commando, enseignée au Centre de Formation de la Garde Nationale de Mosoro, chargé de la formation des personnels de la Garde Nationale.

Présent à Yaoundé depuis le 17 mai, le détachement tchadien est conduit par des figures militaires stratégiques. La gestion des troupes au sol est confiée au commandant Djim Doum Ngar Radet, tandis que le lieutenant-colonel Issa Togoï assure la fonction de chef de mission des défilants.

Coopération : la Chine décerne à Allah Maye Halina la Médaille du diplomate éminent

Le 18 mai 2026, la République populaire de Chine a décerné au premier ministre, chef du gouvernement, Amb. Allah Maye Halina, la prestigieuse “Outstanding Diplomat Medal”, la Médaille du Diplomate Éminent.

Parmi 173 diplomates anciens ambassadeurs et ambassadeurs en poste en Chine seuls 8 ont été distingués. Et l’Amb. Allah Maye Halina est l’unique Africain à figurer dans ce cercle très restreint. Une distinction qui vise à récompenser le rôle joué dans le rapprochement entre le Tchad et la Chine.  Pour la primature il s’agit d’une « reconnaissance internationale qui honore la diplomatie tchadienne et le rayonnement du Tchad sur la scène mondiale ».

Il est important de préciser que le séjour d’Allah Maye Halina en tant que ambassadeur du Tchad a été court, du 31 janvier 2023 à mai 2024. Plusieurs acteurs indiquent que c’était un passage stratégique. Son rappel en mai 2024 s’explique par sa nomination au poste de premier ministre par le président Mahamat Idriss Déby Itno, juste après l’investiture de ce dernier suite à l’élection présidentielle.

Bien avant cette période il a été directeur général du protocole d’Etat à la présidence pendant 13 ans, sous l’ancien président Idriss Deby Itno.

Tchad : rencontre entre l’ONAPE, les incubateurs et les 25 promoteurs retenus

Le 18 mai 2026, le directeur de l’Office National pour la Promotion de l’Emploi (ONAPE), Nassouradine Abakar Kessou, a successivement rencontré les incubateurs chargés de l’accompagnement technique des jeunes ainsi que les 25 promoteurs retenus dans le cadre du Projet Jeunes Incubateurs et Accélérateurs de Création d’Entreprises (PROJIACE).

 

Lors des échanges avec les incubateurs partenaires, le directeur de l’ONAPE a rappelé que le PROJIACE constitue une initiative stratégique qui interpelle l’ensemble des acteurs de l’écosystème entrepreneurial national. Il a insisté sur la nécessité d’une appropriation collective du projet afin de garantir un accompagnement efficace et durable des jeunes promoteurs.

Les représentants des structures d’incubation ont, pour leur part, salué cette démarche historique et unique du genre et réaffirmé leur engagement à accompagner les bénéficiaires tout au long du processus de maturation et de développement de leurs projets. Ils ont également souligné que le PROJIACE dépasse désormais le cadre institutionnel de l’ONAPE pour devenir une initiative commune portée par l’ensemble des acteurs impliqués dans la promotion de l’entrepreneuriat au Tchad.

Dans un second temps, le directeur de l’ONAPE a rencontré les 25 promoteurs sélectionnés parmi les 633 projets réceptionnés dans le cadre du programme. À cette occasion, il leur a adressé ses félicitations pour la qualité de leurs initiatives et les a exhortés à faire preuve de discipline, de persévérance et d’innovation dans la conduite de leurs projets.

Il a par ailleurs rassuré les bénéficiaires de l’engagement de l’ONAPE à mettre en œuvre tous les mécanismes nécessaires pour assurer leur accompagnement, depuis la phase d’incubation jusqu’à la concrétisation effective de leurs initiatives entrepreneuriales.

À travers cette rencontre, l’ONAPE réaffirme sa volonté de renforcer l’écosystème entrepreneurial national et de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs créateurs de valeur et d’emplois.

Succès Masra, «enfermé injustement et souffrant, a besoin d’une prise en charge médicale», alerte sa sœur

Au Tchad, voilà un an que l’opposant Succès Masra est en prison. À la suite de son arrestation, l’ancien Premier ministre a été condamné à vingt ans de prison pour avoir diffusé en 2023 un message qui, selon le tribunal, aurait provoqué, deux ans plus tard, de graves violences intercommunautaires dans le sud du Tchad. À la tête de son parti les Transformateurs, Succès Masra est arrivé officiellement deuxième à la présidentielle de 2024, avec 18% des voix. Depuis un an, de nombreuses voix s’expriment en sa faveur. Parmi elles, il y a sa sœur, Chancelle Masra, qui vit en France.

RFI : Avez-vous des nouvelles de votre frère ?

Chancelle Masra : J’ai eu des nouvelles. Il est toujours enfermé injustement et toujours souffrant. Cela a été déclaré officiellement. Il a besoin d’une prise en charge médicale qui n’existe pas sur le plateau tchadien. Il est toujours enfermé, sans preuve, sans témoignage. Il est clair qu’il s’agit d’une injustice.

On dit qu’il souffre de problèmes respiratoires.

Exactement. C’est un retour qu’on a eu des médecins. Ce n’est pas moi qui le dis en tant que sœur. Il a besoin d’analyses complémentaires et il n’est pas possible de pouvoir faire ces analyses sur le plateau au Tchad.

Savez-vous où il est détenu à N’Djaména ?

Il est détenu dans un endroit où il y a des militaires, dans lequel il est enfermé dans une pièce de même pas quinze mètres carrés où il ne voit pas la lumière du jour depuis le 16 mai 2025.

Est-il toujours dans un bureau de la coordination de la police judiciaire ?

Exactement. Toujours au même endroit, sans lit, sans conditions dignes, sans sport, sans lumière du jour. Toujours enfermé là.

Peut-il recevoir des visites ?

On s’est battu pendant longtemps pour qu’il puisse avoir le droit de voir ses médecins, ce qui n’était pas possible au départ. Qu’il puisse aussi avoir la visite de ses avocats, ce qui est un droit fondamental, et que ma mère puisse aller le voir de temps en temps.

De fait, a-t-il pu recevoir toutes ces visites ?

Il a pu les recevoir. Pour la famille, il faut une autorisation à chaque fois et les avocats y vont régulièrement.

Et il a pu voir sa mère ?

Il a pu la voir.

A-t-il des contacts téléphoniques avec d’autres personnes ?

Absolument pas. Ils ont confisqué tous ses appareils électroniques, ordinateur, téléphone. Il n’a pas du tout la possibilité d’avoir un contact téléphonique, ni avec sa fille, ni avec sa femme, ni avec moi-même qui suis sa sœur.

Certains disent à N’Djaména qu’il aurait reçu soit la visite, soit un appel de la part d’une autorité politique tchadienne. Avez-vous entendu parler de cela ?

Honnêtement, je n’ai pas entendu parler de cela.

Donc pas de contact avec le pouvoir ?

Pas à ma connaissance, en tout cas.

Sur le plan judiciaire, Succès Masra a été condamné en août dernier à 20 ans de prison pour incitation à la haine et à la violence, à la suite d’affrontements meurtriers entre deux communautés au sud du Tchad, dans le Logone occidental. Où en est sa situation maintenant ?

Une chose est sûre, c’est que nous parlons aujourd’hui d’un innocent. Juridiquement parlant, le dossier est vide. Il n’y a pas de fait, il n’y a pas de preuve, il n’y a pas de témoignage pour attester qu’il y aurait une quelconque implication de quelqu’un qui – je le rappelle, depuis 2018 où il a créé son parti politique – n’a prôné que le dialogue, jamais la violence envers qui que ce soit. Vous avez vu l’ensemble des marches qu’il a organisées depuis 2018. C’est quelqu’un qui a accepté également de signer, dans un contexte tendu, un accord de paix et de dialogue avec le gouvernement [en 2023], qui a accepté d’être Premier ministre sans prendre un seul sou parce qu’il a renoncé à l’entièreté de son salaire. C’est un don de soi pour le progrès, pour que le Tchad puisse s’appuyer sur ses deux pieds, comme il aime à le dire, à la fois le développement mais également le pilier sécuritaire pour que ce pays puisse avancer. Succès Masra, ce n’est pas quelqu’un qui va aller inciter les gens à la haine. Il a démontré le fait qu’il est quelqu’un de pacifique. Enfermer quelqu’un de non-violent ne permettra absolument pas de résorber les tensions.

Votre frère clame son innocence, mais a-t-il fait appel ?

Il a fait appel.

Sait-on quand aura lieu le procès en appel ?

Justement, on n’en a aucune idée. Aucun retour. Silence radio. Enfermer ainsi un innocent sans preuve pendant longtemps et le priver de sa liberté n’est pas quelque chose qui devrait exister. Je remercie d’ailleurs l’Union européenne de s’être prononcée sur le sujet, en rappelant qu’il faut respecter les droits existants au Tchad.

Pour le huitième anniversaire du parti Les Transformateurs, votre frère a fait un message dans lequel il s’adresse au président Mahamat Idriss Déby et lui demande de réparer une erreur judiciaire.

Tout le monde sait que c’est une erreur judiciaire… Dans la bonne foi de mon frère, on a envie de croire que c’est une erreur judiciaire qui devrait être réparée. Dans un pays qui se dit démocratique, la souveraineté de la justice est quelque chose de fondamental. Nous ne devons pas utiliser la justice pour régler des comptes avec des gens qui sont des opposants pacifiques, non-violents. C’est important. Au-delà de notre famille, l’enjeu de la libération de Succès Masra va au-delà de sa personne et de ce que nous pouvons ressentir en tant que famille.

Ces derniers jours, le climat politique s’est à nouveau tendu au Tchad avec les huit opposants du GCAP qui ont été condamnés à huit ans de prison pour ne pas avoir respecté la mesure de dissolution de leur parti décidée par la Cour suprême. Cela vous inquiète-t-il ?

En tant que jeune, c’est une situation qui m’inquiète énormément par rapport à la démocratie. On voit que le climat politique au Tchad est en train de se dégrader de jour en jour. Si les opposants ne peuvent pas s’exprimer, on n’est pas en démocratie, tout simplement. Et je souhaiterais que tous les opposants puissent aussi se prononcer sur la situation, sans toutefois se retrouver condamnés parce qu’ils ont voulu organiser une marche pacifique.

Le ministre tchadien de la Communication, Gassim Cherif Mahamat, réplique que si, l’opposition a le droit de s’exprimer, la preuve, elle est représentée à l’Assemblée nationale et au Sénat. Et que, s’il y a des opposants en prison, c’est parce qu’ils n’ont pas respecté la loi.

Vous savez, moi je suis une passionnée de géopolitique. Invitez-moi une prochaine fois, je serai heureuse d’aborder ces sujets avec vous. Mais aujourd’hui, je suis là pour parler du cas de mon frère qui est enfermé au Tchad.

Il y a des défections dans le parti de votre frère, Les Transformateurs, puisque l’ancien vice-président Sitack Yombatina est devenu ministre de l’Enseignement supérieur. L’ancien numéro deux, Moustapha Masri, est devenu secrétaire général de la présidence. Tout cela n’est-il pas décourageant pour votre frère qui voit que son parti est en train de s’affaiblir ?

Il ne voit absolument pas que son parti est en train de s’affaiblir. Vous évoquez deux noms sur des milliers de « transformateurs » qui se retrouvent partout dans le monde, dans la diaspora. Vous savez, quand il était Premier ministre, beaucoup de Tchadiens, un peu partout dans le monde, ont pris la décision de repartir au Tchad pour bâtir le pays. C’est un exemple concret que je vous donne pour vous faire comprendre que c’est quelqu’un sur qui les gens savent pouvoir compter pour bâtir le pays. Que deux personnes soient parties pour des raisons qui leur sont propres ne veut pas dire que Succès Masra penserait que son parti est en train de s’affaiblir, au contraire. Pas du tout.

Pour la libération de votre frère, vous comptez beaucoup sur la mobilisation internationale. Mais franchement, la communauté internationale est-elle au rendez-vous ?

Sans réfléchir, je vous dirai oui. Parce que, toute la famille et moi, on a senti beaucoup de solidarité exprimée. Ceux qui ne peuvent pas s’exprimer officiellement nous ont reçus. Que ce soit les amis de mon frère qui sont influents un peu partout dans le monde, en Europe, en Afrique, en Asie, aux États-Unis, les organisations internationales, Amnesty International, que ce soit aussi Human Rights Watch, ACAT France. Merci infiniment pour cette mobilisation, parce qu’entre nous, je suis convaincu que c’est ce qui a maintenu aussi mon frère en vie. Je suis heureuse parce qu’aujourd’hui je suis en France, je peux prendre la parole et je jouis de ma liberté d’expression. Mais il serait bien que dans d’autres pays, notamment en Afrique et au Tchad, d’autres puissent également jouir de cette liberté d’expression qui est complètement éteinte.

Ce n’est pas la première fois que votre frère est en butte à la justice tchadienne. Après le jeudi noir du 20 octobre 2022, il avait dû s’enfuir à l’étranger. C’était le président congolais Félix Tshisekedi qui avait fait médiation et qui avait permis son retour au Tchad un an plus tard. Y a-t-il eu de nouvelles médiations du côté de chefs d’États africains aujourd’hui ?

Pour être honnête avec vous, je ne fais pas de politique. Moi, je suis là en tant que sœur. Donc je ne pourrai pas me prononcer là-dessus parce que je n’en ai tout simplement pas la visibilité. S’il y a des médiations, cela se fait du côté diplomatique. Mais il y a une chose que je sais, c’est que Monsieur Mahamat Idriss Déby a été reçu le 29 janvier 2026 à l’Élysée. Ce canal diplomatique – qui a été coupé entre 2024 et 2026 – a été rétabli. Je demanderais à chacun de prendre sa responsabilité. Il ne faudrait pas, sous prétexte de la lutte contre le terrorisme, abandonner la défense des innocents et également le droit à la liberté d’expression et le respect des droits humains. C’est important.

Source : RFI

Tchad : les travaux d’aménagement de la route Ambassatna-Yao démarrent

La secrétaire d’État aux Infrastructures chargée de l’Entretien Routier, Haoua Abdelkerim Ahmadaye Bakhi a lancé ce vendredi 15 mai 2026 les travaux d’aménagement de la route en terre Ambassatna-Yao, dans le département du Fitri.

Long de 45 kilomètres ce projet, fait savoir le ministère, s’inscrit dans la vision quinquennale du chef de l’Etat visant à construire 7 000 km de routes, toutes catégories confondues. Cette piste relie plusieurs villages dont l’accès devient impraticable en saison des pluies, rendant difficile la circulation ainsi que l’accès aux services sociaux de base.

Les travaux sont confiés à SODIS, tandis que la mission de contrôle a été attribuée au groupement ATREC/CCDI. Le coût total du projet est estimé à près de 7 milliards de FCFA TTC, financés par l’État tchadien, pour un délai d’exécution de 12 mois.

Selon la secrétaire d’État aux Infrastructures, ce projet fait partie intégrante des 12 chantiers prioritaires des 100 actions de Mahamat Idriss Déby Itno, destinés à renforcer la stabilité, le désenclavement et le développement de la province du Batha. Elle a exhorté l’ensemble des parties prenantes à travailler en synergie afin de garantir la bonne mise en œuvre du projet.

Le Tchad réaffirme son engagement à la Grande Muraille Verte

Le premier ministre Allah Maye Halina, a reçu en audience le 14 mai 2026, Almoustapha Garba, Secrétaire exécutif de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte.

L’entrevue s’inscrit dans le cadre du suivi du programme régional d’investissement mis en œuvre par l’institution au profit de plusieurs États africains. Au cours des échanges, le Secrétaire exécutif a présenté l’état d’avancement du programme prioritaire actuellement déployé dans onze pays membres. Il a souligné que ce mécanisme constitue l’un des principaux instruments d’intervention de l’Agence en faveur de la résilience, du développement durable et de l’amélioration des conditions de vie des populations bénéficiaires.

Les discussions ont également permis de rappeler le rôle historique joué par la République du Tchad dans la création et l’accompagnement de cette organisation panafricaine. Le secrétaire exécutif a salué l’engagement constant des autorités tchadiennes depuis les premières heures de l’Agence, dont le premier siège avait été abrité par le Tchad avant son transfert vers un autre État membre.

Le premier ministre et son hôte ont par ailleurs évoqué l’évolution de l’initiative, aujourd’hui devenue une référence continentale en matière de protection de l’environnement et de lutte contre les effets du changement climatique, ainsi que les perspectives de renforcement du programme et de gouvernance de l’institution.

Tchad : le gouvernement instruit la surveillance policière de la station de pompage de Lamadji

Le ministre de l’Aménagement du territoire, Mahamat Assileck Halata a dénoncé le vol de plus de 13 mètres de câbles électriques à la station de pompage de Lamadji, dans le 10ᵉ arrondissement de N’Djamena.

Rendu sur le site, le 14 mai 2026 le membre du gouvernement a manifesté sa colère et dénoncé le sabotage des installations de la station de pompage de Lamadji, dans le 10e arrondissement de la ville de N’Djaména. Les câbles sectionnés compromettent le fonctionnement des équipements destinés à protéger les populations contre les inondations. « Ce n’est pas un sabotage contre un ministère ou contre la Banque mondiale. C’est un sabotage contre la population elle-même. Plus de 13 mètres de câbles ont été volés. Cela représente une perte estimée à près de 11 millions de FCFA. De plus, l’acheminement du matériel jusqu’à N’Djamena prendra environ un mois et demi. Nous serons alors déjà en pleine saison des pluies », a déclaré Mahamat Assileck Halata.

Le ministre a plaidé pour une implication plus directe de la mairie du 10ᵉ arrondissement dans la gestion et la surveillance de la station de pompage. Il a également évoqué la possibilité d’installer un poste de police sur le site afin de prévenir de nouveaux actes de vandalisme.

« On ne peut pas mobiliser autant d’efforts et laisser des individus venir sectionner des câbles et casser notre élan », a-t-il regretté.

Mahamat Assileck Halata a aussi insisté sur la nécessité de protéger les biens publics et de mettre fin aux comportements qu’il juge irresponsables, notamment l’utilisation abusive des ressources de l’État à des fins personnelles.