Crise au Tchad : les évêques proposent un dialogue inclusif pour sauver le pays

Les évêques ont fait le 6 mai 2026, déclaration relative à la situation actuelle au Tchad. Le clergé appelle au dialogue pour la paix et la justice tout en condamnant les récentes attaques à Dar Tama et l’interpellation des leaders politiques.

« Autant que possible, pour ce qui dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes… Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12, 18,21). C’est avec ce verset biblique que les évêques ouvrent leur déclaration sur la situation politique et sécuritaire du pays. La réaction du clergé fait suite aux affrontements sanglants et conflits intercommunautaires à Dar Tama dans le Wadi Fira, dans le Guéra et à l’attaque survenue à la base militaire de Barka Touloum dans les Lac-Tchad, ayant entraîné la perte tragique de plusieurs vies humaines.

« Nos pensées et nos prières vont aux familles endeuillées, aux blessés, et à toutes celles et à tous ceux qui sont touchés par cette tragédie. Nous condamnons fermement ces tueries car la vie humaine est sacrée et nul n’a le droit de l’ôter. Nous exprimons nos sincères condoléances aux familles des victimes et appelons l’ensemble de la population à s’unir dans la compassion et la solidarité en ces temps difficiles. La violence ne peut être une réponse acceptable à nos désaccords car elle ne fait qu’envenimer les tensions et creuser les divisions ». déclare Martin Waingué Bani

Les évêques du Tchad se disent préoccupés par la dégradation brusque de la situation politique de avec la récente vague d’arrestations d’opposants et de voix critiques. « Ces arrestations remettent en cause les principes démocratiques dans notre pays, l’importance de la liberté d’expression et du respect des droits humains. » Elles ne font qu’affaiblir la cohésion sociale déjà fragilisée et ont des répercussions sur le vivre-ensemble tant prôné, s’indigne-t-ils.

Pour l’épiscopat, le respect du pluralisme culturel, politique et religieux contribue à la construction d’un État de droit. L’église catholique du Tchad exhorte les différents acteurs à vaincre le mal par, le respect des diversités, le dialogue et la justice pour tous. « Nous croyons fermement que le dialogue sincère et inclusif est la seule issue pour sortir de l’impasse actuelle », déclare le président de la Conférence Episcopale. Martin Waingué Bani demande aux parties prenantes de s’engager dans une discussion constructive, fondée sur la vérité, le respect mutuel et la recherche de solutions pacifiques. « Ce dialogue est essentiel pour la réconciliation et la paix durable au Tchad. »

Aux gouvernants, les évêques demandent de faire preuve de sagesse et de retenue, et à favoriser un climat de confiance propice à la réconciliation.

 

Tchad : le gouvernement réagi après le rejet du Code pastorale par les évêques

L’atelier zonal de relecture du projet du code pastoral de 2014, suscite des discordes entre les évêques de l’église catholique et le pouvoir. L’église rejette, le pouvoir défend.

 

A l’issue d’une concertation, les évêques des diocèses de Doba, Goré, Koumra, Moundou et Sarh, ont produit un communiqué le 31 août 2025, pour décliner leur invitation à participer à l’Atelier zonal. D’après eux ce projet soumis à la relecture lors de l’atelier zonal du 1er au 2 septembre 2025 à Sarh, ne vise pas seulement la sécurisation unilatérale de l’élevage au Tchad, mais il est clairement contre les intérêts des paysans. « C’est un Projet de Code pastoral partial, partisan et paysanicide », déclare Mgr Kouraléyo Tarounga Joachim, archevêque de Moundou.

Les évêques demandent de mettre ce : « Projet du Code Pastoral scélérat à la poubelle et d’arrêter la mascarade des ateliers qui ne visent qu’à justifier et avaliser un projet qui trahit la communauté d’agriculteurs qui représente plus de 80% de la population tchadienne ».

Pour l’évêque de Moundou, « si l’agriculture et l’élevage sont vraiment les deux mamelles de l’économie au Tchad, il convient de soumettre deux Projets de Code : un Code pastoral et un Code agricole dont la lecture ne sera pas faite lors des ateliers loin de ceux qui seront touchés par l’application de ces codes, mais avec eux dans les villages aidés par des organisations indépendantes et impartiales »

En réaction, le gouvernement à travers un communiqué du 1er septembre, le porte-parole, Gassim Chérif Mahamat, rassure que la démarche du gouvernement n’est ni partisane, ni partiale mais au contraire elle cherche avec les populations, les solutions idoines pour le développement et la cohésion nationale.

Il dénonce également l’usage du terme : « paysanicide » dans le document des évêques. Le ministre de la Communication estime qu’une telle expression, lourde de sens, prête à tort une intention malveillante au Gouvernement et véhicule un message susceptible d’alimenter la méfiance, la haine et la division. Il appelle donc à la pondération et à la responsabilité.

Le gouvernement invite les évêques du Tchad à reconsidérer leur position et à prendre toute leur place au sein de cet Atelier Zonal, conformément à leur mission de bâtisseurs de paix et de témoins de valeurs morales et spirituelles. « Leur participation active contribuera à garantir un dialogue constructif et à s’assurer que les aspirations de toutes les composantes de la société soient prises en compte », note Gassim Chérif Mahamat.

Au Tchad, le gouvernement accuse l’Église de semer la division

Jeudi 19 avril, les évêques tchadiens ont appelé à l’organisation d’un référendum pour le vote de la nouvelle Constitution. Le gouvernement s’est dit « stupéfait » et « indigné » de cette intervention de l’Église catholique.

« Nous exprimons notre stupéfaction et notre indignation face à cette déclaration infondée, qui non seulement fait une lecture complètement erronée de la Constitution en vigueur, mais jette les germes d’une grave division des Tchadiens », a déclaré, samedi 21 avril, Mariam Mahamat Nour, secrétaire générale du gouvernement tchadien, chargée des relations avec le Parlement.

Cette responsable gouvernementale répondait aux évêques tchadiens qui ont appelé, jeudi 19 avril, à l’organisation d’un référendum pour l’adoption de la nouvelle Constitution tchadienne. « Le président tchadien, Idriss Déby Itno, est le seul habilité à décider de la tenue d’un référendum », a-t-elle rappelé.

Le texte de la nouvelle Constitution tchadienne, très controversé, est issu des résolutions d’un forum sur les réformes institutionnelles qui a réuni les forces politiques, religieuses et sociales du Tchad en mars, mais qui a été boudé par l’opposition.

Le vote pour l’adoption du nouveau texte constitutionnel est prévu à l’Assemblée nationale le 30 avril. La nouvelle Constitution, si elle est adoptée, instaurera un régime présidentiel qui renforcerait les pouvoirs du président Idriss Déby Itno et introduirait une quatrième République.

Idriss Déby, 65 ans, au pouvoir depuis 1990, en est à son cinquième mandat qui doit s’achever le 21 août 2021. La nouvelle constitution lui permettrait de se représenter en 2021 et d’effectuer deux autres mandats de six ans. Il pourrait donc être président jusqu’en 2033.

Les évêques tchadiens estiment qu’une adoption du texte constitutionnel par voie parlementaire « risque de fausser gravement les règles du jeu démocratique ». L’Assemblée nationale tchadienne est, en effet composée d’une forte majorité de députés proches du pouvoir. L’épiscopat tchadien estime, en outre, qu’« une grande partie de la population tchadienne ignore complètement ce qui se passe ».

Inquiétude de l’opposition et de la société civile

Le vote prochain de ce projet de loi provoque des fortes tensions entre le pouvoir, les partis d’opposition et la société civile.

Mardi 17 avril, sept associations de la société civile tchadienne ont demandé, dans une lettre ouverte aux députés, de ne pas voter la nouvelle Constitution, estimant que « la constitution encore en vigueur dit qu’une telle révision passe par un référendum ».

Lundi 16 avril, les 33 députés de l’opposition (sur les 170 que compte le parlement tchadien) ont annoncé leur boycott des travaux parlementaires sur l’adoption du texte. « Nous connaissons très bien la machine infernale qui a été lancée contre nous et contre la population tchadienne, a confié à RFI le chef de file de l’opposition, Saleh Kebzabo qui rejette la nouvelle Constitution. Déby veut les pleins pouvoirs. Il ne se satisfait pas de ce qu’il a obtenu jusqu’ici. Il a une majorité écrasante à l’Assemblée nationale, il fera ce qu’il voudra. »